Ballade en bord de mer

Il y a toujours des odeurs qui nous rappellent un état d’être, comme un autre Moi lointain, régurgité d’une automutilation – les arômes urbanisés, bétons mouillés et feuilles pourrissantes, rouge à lèvres sur un mégot, énorme mollard subsaharien et premières sueurs ouvrières.
Il est quatre heures ou midi. C’est l’hiver qui plisse le sang ou l’été qui pue la merde chaude.
C’est comme ça que je me réveille, tout imprégné de stress cannibale et d’envie de pisser.
Me sachant hors d’atteinte momentanément, je recouvre mes esprits et me concentre sur le bon déroulement de ma journée.
Il m’est impossible de sortir sans chier. C’est une véritable obsession. La peur de chier dans mon froc a pris le dessus sur ma peur de vomir. Après toutes les saloperies ingérées, mon estomac a admis sa défaite dans la dignité, ulcéré, mais sans montrer de signe extérieur.
Mais le mal au bide, de Dieu ! Je le redoute lui. Son ascension fulgurante peut me liquéfier sur place.
J’ai pris le train ce matin-là. J’accompagnais un pote pour un entretien d’embauche ou pour un concours : j’ai oublié.
Il faisait beau. On se marrait à écouter les cris ridicules des mouettes en cherchant à combler l’angoisse de l’entretien.
Je décide de l’attendre sur un banc devant un chantier naval.
Beaucoup d’hommes aux cheveux bouclés bossent sur les bateaux — c’est effarant — de taille moyenne, le teint neutre et des traits anodins ; tous en bermuda et concentrés comme des fourmis bouclées de la mer.
Je les regarde en fumant clope sur clope.
Je les envie un peu… la mer, la contempler ou la savoir bien là glougloutant sous les cris des mouettes chieuses.
Aucune envie de sourire, le putain de mal de bide aboule et je sais qu’il ne va pas me quitter.
Je tourne et vire sur mon banc, me recalant, me trifouillant la bite au travers des poches de mon froc pour faire diversion.
C’est mort.
Il y a des bars… oui… Il y a des chiottes dans le coin… oui.
Mais je ne peux pas y aller, mon angoisse n’aurait aucun sens.
Moi, c’est de chier en dehors de mon antre qui me gène, dans un lieu public où le visage fermé du barman m’envoie mi écœuré mi-hautain un :
— Faut consommer !
Et des magnifiques femmes assises tout autour, et des hommes influents, m’imaginant exploser dans les gogues sous des pets mouillés retentissants, tous semblables à des dédicaces…
— Ho, celui-là, il est pour vous !
— Non non ! Moi j’attends celui d’après !
Et des couples se formeraient sur mon cul en riant aux éclats. Niet !
Cet espace m’était donc fermé. Mon seul moyen de survie était de trouver un endroit décent pour préparer mon larcin, dans l’urgence, comme un violeur.
Un labrador passa devant moi avec sa maîtresse.
Dans son petit trot, il soulevait la patte avec classe, sans à-coups, reprenant le rythme tout en souplesse, un vrai pisseur de combat.
Je décide de le suivre tel un guide, et au bout du quai, sur la gauche, je le vois dévaler une pente poussiéreuse. En contrebas : des arbrisseaux et un petit chemin entre ville et mer où se creuse un terreau inutile de merdes de chien, merdes de rien.
La maîtresse du clébard pressa le pas. Il faut dire qu’il n’y avait aucun signe rassurant sur mon visage.
J’attendais encore une ou deux minutes, scrutant les alentours, puis mon corps a retenti dans les bosquets au-dessus de petites bêtes éternelles rejetées là, par le vent de la mer.
Je m’essuyais comme je pouvais avec ce que j’avais sur moi, un plan de la ville.

 

 

 

 

Vérifié par le corrigeur

Tout consentant que vous êtes

Il est partout l’oeil vitreux qui sème ce qu’il n”a pas envie de voir dans les sillons du sol des wagons, tout pressé qu’il est d’arriver la conscience tranquille. L’absolue necessité de se revendiquer du monde réel, d’arriver le mieux à faire semblant, du moins, le croire surtout…Le peuple du pseudo vivant assoiffé d’etreinte devant une piste de danse rigide – morceaux qu’il faut connaitre, risque qu’il faut prendre: drogues ou saut en parachute pour les plus téméraires, overdose ou suicide en chute pour les plus désespérés – imaginer son monde à ciel ouvert une nuit sinistre , poursuivi puis mangé par un fou, celui qui vous tuerait violemment tout consentant que vous êtes.

Vous avez décidé de me laisser très près des côtes

J’espère que pour vous tout va bien.
Ici j’ai respiré dans la boue, vomis dans les éclaboussures.
Mes amis m’encouragent à boire souvent de l’eau et à ne plus me laisser aller à la panique.
Mais je suis loin de vous et je ne trouve pas dans les regards des adultes qui nous encadrent, la faiblesse qu’il y a dans les votres.
Il n’est pas trop tard pour venir me chercher.
Hier l’océan a eu raison de mes chaussures, elles ne veulent plus sécher – on nous a parlé de la culture des huîtres, je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n’est qu’elles grandissent dans des cages et qu’on les laisse la nuit.
Adam n’est pas revenu…J’ai demandé aux autres si on avait retrouvé ses doigts…Sans succès.
Ici c’est vraiment dangereux, je ne vous mens pas !
Cela fait maintenant neuf jours que je suis parti et je n’ai toujours pas été aux toilettes, il y a la queue devant sa porte tous les soirs, des filles commencent à avoir leurs règles, elles paniquent et jettent leurs culottes un peu partout.
Simon a fait caca dans son slip et l’a caché sous son lit, on est tous au courant mais personne ne veut en parler, l’odeur empeste tout l’étage.
Je vous écris pour vous dire que je n’en peux plus, j’ai retourné la chambre et j’ai frappé madame Rosier au visage, elle ne m’en veut pas, je crois qu’elle a peur de moi, elle doit avoir ses raisons.
Il n’y a pas personne pour monter le chauffage la nuit, pour prendre les choses en main.
Tous les jours, on nous fait patauger dans l’océan, pour des ballades, pour nous apprendre que les poissons bouffent des algues ou des trucs du genre et pour nous montrer que ce n’est pas le bon moment pour le voir.
J’ai affreusement mal au ventre, j’aimerais pouvoir chier discrètement dans la mer demain – Charles m’a promis de me couvrir, je crois que c’est une bonne solution.
Cécile la rouquine a eu aussi ses règles ce matin, je perds une bonne copine.
Damien saigne du nez toutes les nuits, Adam ne revient pas, Slobo est à l’infirmerie pour une gastro – madame Rosier lui a tapoté les fesses comme à un bébé et lui a mis un thermomètre dans le cul, lui et moi pensons qu’elle devient folle – ça l’a fait marrer quand même, du chaud qu’il est.

 

ZEUS

Des fois on a envie de chialer comme une pute et foutre le monde à l’envers.

Y’avait ce putain de crochet au dessus de mon lit, on en riait souvent, qu’y avait tout pour se pendre dans cet appart’ de merde.
La carte du monde accrochée au mur nous invitait pourtant à franchir le cap du par-delà, à se pencher curieusement dans l’abime, analyser le contenu des crânes depuis notre triangle d’or, shootés à l’opium au pied d’un arbre millénaire en attendant notre tour au bordel du coin, si notre puissance de bandaison le permettait.
Saloperie de reportages de la 5…
Il n’y avait rien de figé dans cette piaule, tout était mobile, même les murs suspendus au plafond, on les écartait à l’aise, tellement, que je ne t’entendais plus ronfler tes soirs de cuite, là ou tu t’epanchais et sanglotais dans mes bras à dire que tu m’aimais.
On n’a jamais décollé ma caille, jamais des frontières qui nous entouraient, mais on a kiffé Powder et les beignets de tomates vertes et ça, ça restera advitam..
Tu vois, le monde est toujours le même, il faut que je boive pour que tout s’arrache de moi et que je démonte mes souvenirs, dans tout ce que tu envahis, pilleur que tu es.
Dans ce putain de monde y’a rien qui change, les gens sont toujours aussi cons, toujours aussi durs, tu as bien fait de partir…Dire que tu t’es trompé de chemin, alors que tu as choisis ton voyage, serait mesquin, une sorte de trahison.
Tu sais que je ne suis pas une pute, et moi je sais que d’où tu es et que quelque soit ta place dans cette putain de planisphère quadridimensionnelle, tu marches à l’aise sur la gueule des gens.
On se refait pas, mais quand une partie de nous provient des mots d’un autre, y’a quand même une voix qui manque

Les récits autobiographiques sont mal vus, c’est trop facile de croire qu’on est unique, qu’on a des choses à dire..
Mais 15 ans dans la même piaule, quand tu faisais semblant de ne pas m’entendre me branler, quand tu empechais les coups, quand tu fermais ta gueule pour m’inviter à m’affirmer, y’a des choses qui prennent le pas sur tout.
J’ai toujours marché droit mais pas dans le même sentier que la masse.
Tu vois j’ai réussi, i’m a gigolo, je bosse pas et j’ai même le temps de picoler – t’aimais quand je picolais enfoiré, tu n’étais plus tout seul à chialer comme une gonzesse, hein…?
Le temps s’abat toujours pareil, sauf qu’il y a internet, facebook et des gens qui crèvent en prenant conscience qu’il est grand temps de chialer comme nous.
Tu vois, y’a des choses qui changent, sauf que tu n’es plus là.
21 rue georges guynemer, Asnières…
Bordel de merde, tu t’es foutu en l’air au dessus de mon lit ! la tête dans le lustre ! On essayait de l’éviter quand on jouait au basket avec une vielle paire de chaussettes, rappelle-toi !
Tu devais crever d’une O.D dans une forêt tropicale en kiffant comme une sorte de bouddha parigot tapant la discut’ avec des bonhommes verts ou des hyperboréens… Mais pas comme un putain de depressif de merde à empester la taule pendant 3 semaines ! Tu aurais pu répondre au téléphone au moins une fois !
Mais mourir sans style et en silence, quand on y reflechit vraiment, c’est du jamais vu pour un dieu vivant…
Décidemment, tu ne manqueras jamais de panache.

RIP Tonton

Dans la mousse barbare

Je reste assis et regarde Jojo qui s’est dressé, son gros bide en avant, voulant m’expliquer la vie avec son doigt désignant une partie de mon visage, dans ce bar glacial de Picardie au milieu des pécores et des édentés.
– C’est pas en te levant que tu vas me dominer…Tu veux que je me lève aussi ?
Le ton redescend avec son gros cul sur la chaise.
Laura cogne les verres entre eux derrière son bar. C’est la première fois que je prends un verre avec Jojo et surement la dernière. La sueur froide attaque mes vertèbres, j’ai la mâchoire qui joue aux osselets. Dans le fond de la salle, les cancans de la semaine commencent à prendre une forme monstrueuse dans la mousse barbare d’une bière locale, chauvine.
Revenir à mon verre de coca, ne pas tomber dans les joutes d’alcoolos, me dis-je.
Je savais que ça finirait comme ça au fond de moi, dans le dénouement de mon auto-fiction, dans ce lieu au milieu des champs d’horizons et de macadam rose mouillé, je ne saurais plus quoi dire et pris par l’envie de pleurer, mes nerfs m’auront poussé dans le champs des trous de bombes, derrière le village, à l’orée du bois du nord, mon refuge.
Il y vit un jeune homme de quasiment mon âge, qui sans un mot ni un bruit apparait et disparait dans le décor, les mains plongés dans les herbes et dans les haies, accaparé par une lubie de fou ou de scientifique. Le soir et sa brume déposent leur cortège de superstitions, de légendes et de tueurs en série.
Je ne saurais pas si il a trouvé ce qu’il cherche, d’ailleurs, je ne le reverrais plus.
– Qu’est-ce tu fous là, ti ? Viens nous payer une partie de baby !
Encore intercepté par la patrouille du tapage de clopes et de franc cinquante…
– Je sais pas joué au baby..
– Allez ma poule, sois sympo.
– Ok, mais je joue à la roulette, je m’en bats les couilles.

Je me méfie des terrains vagues

Ses regards grouillant comme des petits cafards affolés, amusent le dernier survivant qui les bras largements ouverts, prêts à accueillir l’enfant sauvage, réfléchit au repas à préparer au bord du fleuve d’or sur l’improvisation d’un feu – Son souffle enflamme le ciel de satin rose en lui crachant la force crépusculaire du rouge.

Les lumières de la dernière ville déclinent les nuances bleues de l’urgence.

Le ricanement du chien tapit sur un lit de mousse pourrissante – un ballon immobile – quelques mondes s’accomplissent au sud des îles du fleuve doré, impassible colonne d’eau laissant marins et suicidés s’y dériver vers les mers totales, les terrains vagues où se terrent des lapins terrifiants et des fleurs animales.

Les pas qui collent sur le carrelage d’un hôtel

Aujourd’hui est un grand jour, c’est mon anniversaire.
Je suis dans une chambre d’hôtel tout à fait correcte – carrelage noir et canapé marron, du post Damido tout craché.
Devant le lit, un écran Scott scotché au mur blanc qui semble avoir connu des jets de natures différentes.
Sur cette table vert/anis où mes coudes reposent: l ’ennui.
L’ennui avec un soupçon de desespoir à peine perceptible, mais qui me contraint par à coups à me soulever de ma chaise pour regarder les voitures passer au loin, pour rien.
Le sol colle, une débutante du nettoyage surement…

1999 : Nice

–  Qu’est-ce que vous faites ici ?
–  Et bien je fais le ménage.
– Non mais ça ne va pas du tout là ! Partez tout de suite ! J’ai prévenu votre entreprise, je reçois des patients !
Le théâtre est un cabinet où l’on reçoit des sidaïques pour leur dire qu ’ils vont mourir mais qu’après leurs morts, d’autres guériront et que pour cette raison, il faut rester positif.
La médecin continue à m’incendier sautillant sur le carrelage encore humide.
– Je vais appeler votre boite, je n’ai que des problèmes avec vous et…Le sol colle !
Je ne fais pas le fier, je ne suis pas Bukowski.
Ne pas m’aimer signifie que je dois mourir momentanément, que c ’est de ma faute, qu’il va falloir que je dise à ma nana qu’elle est laide pour décompresser, en gros, j’ai hâte de rentrer.
En partant, rouge de confusion, mes Caterpillar résonnèrent violemment dans la cage d’escalier.

« Pour que le sol ne colle pas après nettoyage, mettre très peu de produit voire pas du tout » me confia mon chef bituré à temps partiel dans un rictus sadique.

Sur cette table couleur anis devant ce mur taché de dépôts de coup de rein et de sueur de Conchita, je me rends compte 13 ans plus tard que mon chef savait que je me ferais pourrir sur place…

Je suis un loser

Je suis un loser…
Je n’ai pas sorti les poubelles ni fait la vaisselle.
C’est pas cool, j’ai dit « ok ok, je le fais ! » et je n’ai rien fait…
Il y avait des ondes space tout autour de mon canapé, m’empêchant de me mettre un froc et de pointer le nez dehors.
Je n’ai envie de rien, même pas d’être sale comme je suis, je pue et ça me gonfle, mais je peux même m’accommoder de ça.
Les poubelles débordent, l’évier aussi, les chiottes doivent être entartrées sous ma pisse de ce matin.
Je m’en fous.
J’aperçois les œillades de la voisine, Sandrine, ma voisine de mobile home, déjà pas baisable et suspecte à allumer un pouilleux comme moi.
Derrière sa vitre, un miroir me happe, son regard, ses yeux bien maquillés.
De sa bouche bien arrangée, d’autres miroirs, une dizaine polis au dentifrice, ses dents, ses larges dents de suceuse à lames expertes, envoient des signaux de détresse.
De drôles de courants chauds remontent de mon caleçon, réveillant mes sens, mon flair cynique de fils de pauvres qu’on a maintes fois filouté, naïf comme un chat d’appart’ dans la mire d’un gosse bouseux fana de lance-pierre – mais on ne me la fait plus, un truc cloche, la gonzesse n’est pas claire.
Derrière sa vitre, sous son corsaire: un vice caché qui ne passe pas – son mari déserte son ventre, elle embaume leur plumard, traumatise les chiottes et ses gosses qui passent derrière…Descente d’organes…

Elle m’en a parlé une fois, sous le ton de la confidence, j’avais pas compris pourquoi à l’époque.
- Vous me faites rire et je ne dois pas, sinon je fais pipi dans ma culotte ! Qu’elle m’a chuchoté dans un sourire malicieux, ses yeux globuleux en mode charmeurs….J’avais pas trop aimé…
Sandrine qui a dût penser que mes quelques dents pourries et un caleçon douteux composeraient facilement avec un peu de sa touffe défraichie.
Pauvre Sandrine….

C’était lors du barbecue de la vieille aux fleurs qui habite deux baraques plus loin et qui me rappelle à chaque fois que je passe devant ses parterres bien entretenus, que je n’ai toujours pas nettoyé la grosse tache d’huile de la dernière vidange – elle s’étale dans l’allée, près d’un truc à virer qui ressemble à un gros bout de ferraille mais qui doit être en majeure partie composé de plastique.

Le robinet goutte, l’antenne est débranchée, le fils de “Sandrine sent l’urine” fait du vélo dans le chemin, il incruste définitivement le gazoil dans le sol, il commence à pleuvoir, il s’en fout.

Overgrown mobile home © by Marcel Oosterwijk

 

J’ai sympathisé vite fait

J’arrivais devant une sorte de hangar en agglos, toituré de tôle rouillée.
Les ouvertures engouffraient des courants d’air glaciaux mêlant l’odeur du ciment frais à la sueur d’un ouvrier sous gitanes maïs.
Pas d’oiseau aux alentours, en fait pas de faune tout court – des meurtrissures de bruits de moteurs au loin, le souffle de l’autoroute.
Un type devait m’attendre dans le coin avec son bout de bedo – Drôle d’endroit pour vendre sa camelote – aussi inspiré qu’un vendeur de flingues d’occaz.
Il sort des hautes herbes accompagné de son clébard mi rott mi autre gros chien à machoires de boeuf.
Il a la démarche chaloupée et hésitante d’un raté de cité, victime de sa naiveté, des Scorcese et des “Boyz N the Hood” like.
Il fait mine de ne pas me voir et s’installe sur un bloc de beton, le harnais du chien dans sa main gauche, signe d’un entraînement pathétique de maintien de laisse décontractée.
J’ai presque honte de lui filer un billet…Mais 3 heures à marcher, cherchant désespérément des points de repère pour retourner à l’hôtel, mais ville étrangère, mais ennui, mais solitude…
– Hey ! j’ai galéré pour te trouver, tu vas bien ?
– Oui tranquille
J’enchaîne:
– Tu as le matos ?
– Oh ! t’es pressé toi ! Doucement !

Voilà ce que je redoutais, à quelques kilomètres de ma piaule, au milieu de nulle part, un boulet veut sympathiser.
Le soleil décline, un courant d’air me glace les os, j’aurais dû prendre mon blouson…
Le chien joue avec un morceau de plastique mou, attendrissant comme Foreman dans son habit de pasteur…Le vent des voitures continue de souffler…
Le type prend de l’assurance, il change son harnais de main et réenclenche:
– t’es pas d’ici toi ?
– Non
– t’es tout seul ?
– Oui
– T’as pas d’ami ici ?
– Non
– Et si je ne veux pas te donner ce que tu veux, mais que toi tu me donnes tes tunes?
– ben ça me ferait chier…
Son allure ne m’indiquait pas cette alternative, le type cachait bien son jeu, son chien n’a pas l’air méchant et l’endroit où nous sommes est assez dégagé…
Je prie une demi seconde tout en estimant la distance qui sépare mon tibia de sa mâchoire, environ 1m50: jouable…Le chien…merde…le chien…
– Nannnn ! Je rigole ! Dit-il souriant, les joues rosées de gène. (Il devait tester sa feinte pour la première fois).
Je lui propose soulagé qu’on se fume un truc avant de repartir, tout en acquiesçant, il sort le sachet de sa poche.
Il était temps.
“La naissance d’une amitié temporaire est tout de même issue d’une subtile alchimie” me dis-je en cherchant mon feu…